Samedi 20 mars 2010
Discours du directeur de l’ENSEM, M. Yves GRANJON, à l’occasion de la cérémonie de remise des diplômes ENSEM, promotion 2009
Monsieur Michel ASTRUC, Président du Conseil de l’Ecole,
Monsieur le Vice-Président du CEVU de l’INPL,
Messieurs les Directeurs,
Monsieur le Président de l’Association des Anciens Eleves de l’ENSEM,
Monsieur Marc WINCKEL, Parrain de la Promotion 2009,
Chers Collègues,
Vous tous, parents et amis qui êtes venus accompagner les 94 nouveaux diplômés,
Et bien sûr, puisque cette cérémonie est avant tout la vôtre, chers lauréats, car c’est à vous, aujourd’hui, que je souhaite m’adresser particulièrement.
Cette cérémonie est certes très symbolique puisque, finalement, vous avez quitté l’école il y a quelques mois et pour bon nombre d’entre vous, vous exercez déjà votre métier d’ingénieur.
Mais malgré tout, ce 20 mars 2010 va marquer pour vous un tournant important dans votre vie car vous quittez aujourd’hui votre statut d’étudiant pour endosser solennellement, en présence de vos professeurs et du personnel de l’Ecole, de vos parents et amis, le costume d’ingénieur et démarrer une carrière qui, je l’espère, sera aussi passionnante qu’enrichissante.
Vous êtes entrés à l’ENSEM il y a trois ans parce que vous en avez réussi les épreuves d’admission en témoignant, à l’époque, du potentiel et des talents qui étaient les vôtres. Vous y êtes entrés avec enthousiasme, avec motivation, avec ambition également. Bref, vous n’y êtes pas entrés par hasard. Et bien aujourd’hui, à l’heure où vous quittez les bancs de votre Ecole, ce n’est pas non plus par hasard que nous vous remettons vos diplômes. Ces talents, tout au long de votre scolarité, vous les avez cultivés, vous en avez développé d’autres, aussi.
Nous allons aujourd’hui vous remettre un diplôme qui, bien sûr, marque la fin de vos études, un diplôme qui matérialise sans aucun doute l’ensemble des efforts que vous avez manifestés pour l’obtenir, un diplôme empreint aussi, probablement, des efforts, peut-être des sacrifices consentis par vos familles. Je ne doute pas un seul instant, d’ailleurs, que vous aurez à cœur de partager votre succès, votre bonheur et votre fierté avec tous ceux qui vous sont proches et qui ont leur part, indéniablement, dans votre réussite.
Le diplôme d’ingénieur ENSEM est loin d’être un simple parchemin et je voudrais vous dire quelques mots sur sa véritable valeur, sur le sens qu’il convient de lui donner et sur ce que je souhaite qu’il représente désormais pour vous et pour longtemps. Ce diplôme va certes vous donner des droits mais il va aussi s’accompagner de devoirs et de responsabilités; je devrais même dire : de lourdes responsabilités.
Ce diplôme atteste bien sûr et c’est là le premier sens que lui confère cette remise solennelle, de votre capacité à exercer le métier d’ingénieur. Cette reconnaissance n’est pas d’ailleurs uniquement celle de l’Etablissement puisque, comme vous le verrez, votre diplôme est marqué du sceau de la République Française. C’est bien la Nation entière qui aujourd’hui, reconnaît les talents qui sont les vôtres et reconnaît le droit qui est le vôtre à vous prévaloir du titre d’ingénieur, un titre qui, je vous le rappelle, est protégé par la loi. Vous le savez, c’est en effet la Commission des Titres d’Ingénieur qui examine périodiquement les Grandes Ecoles d’Ingénieurs et je tiens à préciser, d’ailleurs, que nous avons été audité en 2009 par la CTI qui vient de renouveler notre habilitation pour 6 ans, la période maximale, ce qui nous confère également le label européen EUR ACE qui atteste de la qualité internationale de notre diplôme.
Vous devez également vous souvenir que c’est la République Française qui vous a permis de faire vos études en les finançant en grande partie. C’est bien l’ensemble des Français et des Françaises qui, par leur contribution collective, vous aura permis de devenir des ingénieurs, en investissant sur vous.
Ce fut a priori un bon investissement. Mais maintenant, à vous de contribuer, par votre travail, par votre créativité, par votre enthousiasme communicatif, à vous de contribuer au progrès de la collectivité qui vous a permis d’en arriver là, à vous d’œuvrer à la marche de notre Société.
Ce diplôme qui reconnaît vos talents ne doit pas vous faire oublier que vous devrez garder, tout au long de votre carrière, le discernement suffisant pour reconnaître chez les autres les talents qui sont les leurs, du plus grand, jusqu’au plus petit. Dans les projets qui vous seront confiés ou dans les constructions que vous aurez à entreprendre, vous devrez toujours apprendre à rassembler ces talents qui sont épars. Rien de grand ne peut se réaliser par la volonté d’un seul et votre plus grand défi sera, à n’en point douter, de savoir conduire d’autres hommes et d’autres femmes vers la réussite en sachant mobiliser des énergies nombreuses et variées vers des objectifs communs. Les qualités d’un ingénieur ne se résument pas à une certaine habileté dans des domaines scientifiques et technologiques. Vous devrez d’abord être des créateurs et plus précisément, des bâtisseurs ; vous devrez entraîner les autres sur des voies que vous devrez défricher. Si nous vous remettons aujourd’hui ce diplôme, c’est parce que nous savons que vous en serez capables.
Je voudrais aussi rendre hommage aujourd’hui à celles et ceux qui vous ont accompagnés pendant votre formation à l’Ecole. Je pense bien sûr aux enseignants qui vous ont transmis la connaissance et le savoir faire. Je veux les remercier solennellement de vous avoir permis d’apprendre, de progresser et au final, d’avoir acquis les compétences qui font désormais de vous des ingénieurs. Je pense aussi au personnel administratif ou technique sans qui la qualité de notre enseignement ne serait pas ce qu’elle est et grâce à qui vous avez pu étudier dans d’excellentes conditions.
Je ne doute pas un seul instant que vous saurez vous souvenir longtemps de tout le personnel de l’Ecole qui a œuvré pour vous mettre le pied à l’étrier et que vous aurez à cœur, peut-être, de leur témoigner votre reconnaissance car tous ont joué un rôle dans votre réussite.
Notre Ecole va bientôt fêter ses 110 ans. Le 31 juillet 1901, l’Institut Electrotechnique de Nancy délivrait son premier diplôme. Il s’appelait alors Diplôme d’Etudes Electrotechniques, se préparait en un an et la première promotion de ce qui allait devenir, un peu plus tard, l’ENSEM, comptait 5 lauréats.
Notre école, née sous l’impulsion du doyen Ernest BICHAT et grâce à une généreuse subvention de 100000 F d’Ernest et Alfred SOLVAY a déjà diplômé près de 6800 ingénieurs.
Vous allez donc venir grossir les rangs d’une famille déjà largement implantée dans tous les milieux industriels et économiques. Par là, vous devenez aussi les ambassadeurs d’une certaine culture et d’une certaine tradition. Avec votre diplôme ENSEM vous avez le devoir de perpétuer, dans le cadre des fonctions que vous serez amenés à occuper au cours de votre carrière, cette culture et cette tradition. L’ENSEM ne doit pas, finalement, se résumer à trois années de votre jeunesse mais vous devez, dès maintenant, considérer la marque ENSEM comme ancrée de manière indélébile dans votre future manière d’exercer votre métier et vos missions de cadre.
Vous êtes désormais ingénieurs ENSEM et vous le resterez toute votre vie. Restez par conséquent attachés à votre Ecole, à ce qu’elle représente. Il vous appartiendra d’en défendre les couleurs. Adhérez à l’Association des Anciens. J’insiste sur cette nécessité d’avoir une Association d’Anciens la plus forte possible. Et pour être encore plus forte, elle a besoin de vous. Et plus elle sera forte, plus vous en aurez des retombées positives. Alors adhérez aux Anciens. C’est très important, pour vous et pour ceux qui vous suivront.
S’il vous plaît, répondez aux enquêtes de placement qui vous seront adressées. Par ses actions, vous contribuerez efficacement à ce que perdure la qualité de notre formation.
Il existe encore bien d’autres moyens d’aider l’Ecole. Soutenez par exemple la Fondation de l’Ecole. Cette structure adossée à l’Ecole et que vous ne connaissez peut-être pas tous a pour objet, par exemple, de venir en aide à des élèves dans le besoin et d’aider l’école dans ses projets de développement. Certains, parmi vous, ont bénéficié de cette aide qui provient, en partie, de dons effectués par des anciens élèves. Ne rompez pas cette chaîne de solidarité qui peut permettre à celles et ceux qui vous succéderont, d’obtenir une aide en cas de difficulté. Je précise que la Fondation est reconnue d’utilité publique et que chaque don qui lui est fait donne droit à une réduction d’impôt. Je voudrais ajouter à ce propos que la nouvelle plateforme Energie Emile Guilbert de l’ENSEM est sortie de terre grâce à la Fondation qui a investi plus de 100000 euro en 2008 pour ce projet qui est devenu une véritable vitrine pour l’Ecole.
La création de cette plateforme a accompagné celle de notre nouvelle option Energie qui a été suivie par une vingtaine d’entre vous. Même si le diplôme de l’ENSEM est unique et ne mentionne en aucune façon les filières, options ou parcours choisis, la création de cette option a transformé l’Ecole à plus d’un titre. Elle a d’abord permis également d’accroître la visibilité de l’ENSEM qui est devenue un partenaire incontournable, en particulier en région, dès lors que l’on parle de l’énergie. Elle est aussi la démonstration du puissant savoir faire de l’ENSEM qui mobilise transversalement ses forces pour affirmer son intention de contribuer activement à l’élaboration des réponses que notre société attend dans un domaine qui, nous le savons tous, constitue l’un des plus grands enjeux planétaires actuels.
Et puisqu’il est question de démontrer notre savoir faire, nous n’allons pas en rester là. Un nouveau projet de parcours transverse de troisième année devrait voir le jour très bientôt. Il sera axé sur les systèmes autonomes et les technologies embarquées. Une nouvelle formation est également en cours de construction dans le domaine des mathématiques et sciences et techniques de l’information et de la communication. Il s’agit ici d’un projet d’un tout nouveau type : une formation internationale d’ingénieurs, en anglais, dont l’une des principales vocations sera d’attirer à nous des étudiants étrangers, sur une thématique d’excellence de la recherche nancéenne.
J’en profite d’ailleurs pour rappeler le lien indéfectible qui unit la formation de l’ingénieur ENSEM avec la recherche de pointe des laboratoires nancéens et en particulier de ceux qui sont adossés à l’Ecole. Cela signifie que vous avez été formé avec les acquis les plus récents en matière de sciences et de technologie. Mais cela veut dire également que la culture que nous vous avons communiquée est celle du progrès technologique et de l’innovation. Vous vous en doutez, il y à fort à parier que les technologies que vous manipulerez dans 10, 20 ou 30 ans, n’existent pas encore aujourd’hui. En revanche, vous êtes déjà imprégnés de cette culture du progrès et de l’innovation et c’est cette culture qui vous permettra d’avancer, de faire avancer les choses, en un mot, de faire votre métier d’ingénieur.
Vous n’avez bien sûr pas tout appris à l’école. Vous continuerez, tout au long de votre carrière, à vous former, à devenir plus performant, à mieux appréhender toutes les facettes de votre métier.
Un diplôme ne fait pas tout, même s’il doit constituer le sésame qui va vous mettre sur le chemin. Je vous le redis encore, soyez humble, soyez à l’écoute des autres, notamment de vos collaborateurs qui, à n’en point douter, auront beaucoup à vous apprendre, du plus petit jusqu’au plus grand. Votre plus grande erreur serait de croire que votre diplôme va vous ouvrir toutes les portes. Il va uniquement ouvrir la première. Les autres portes, vous devrez les ouvrir vous-même.
Certes, une carrière n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Mais ce dont vous pouvez être sûrs, c’est que vous êtes sans aucun doute mieux armés que d’autres pour affronter les réalités du monde économique. Vous avez été formés sur des bases scientifiques solides et ça, c’est votre meilleur passeport pour votre carrière. Soyez-en convaincus.
Au début du 20ème siècle, Ernest BICHAT, entouré des pères fondateurs de notre école, considérait l’électricité et la mécanique comme des disciplines résolument modernes.
Que de chemin parcouru en un siècle. Le visage de l’école a certes bien changé mais son enseignement reste toujours basé sur ce que nous considérons comme étant le socle fondamental des sciences de l’ingénieur. L’électricité, la mécanique et l’ingénierie des systèmes automatisés restent d’un modernisme indiscutable. Le développement durable, la gestion de l’énergie, la sûreté industrielle, et j’en passe, s’appuient sur ces bases essentielles et c’est parce que l’école a su allier cette tradition centenaire et le nécessaire et constant regard vers l’avenir qu’elle forme toujours des ingénieurs de conception qui figurent parmi les plus recherchés par les entreprises, notamment des grands groupes industriels.
Dans quelques années, vous serez, avec d’autres, aux commandes d’une Société que vous transmettrez plus tard, à votre tour, à des plus jeunes.
Mesdemoiselles et messieurs, vous avez été formés pour faire face avec succès aux grands enjeux de la société de demain. Vous pouvez en être fiers. Mais surtout, soyez en dignes.